Bouillon

Le bistrot idéal existe-t-il? Peut-être dans notre imagination et selon l’envie et les goûts de chacun. Dans ma jeunesse de baroudeur existentiel, j’avais craqué pour un troquet dans un coin perdu en Grèce: choisir son plat en soulevant les couvercles des casseroles, un blanc «résiné» bien frais, sous une tonnelle ombragée. Quelques années plus tard, ce fut Denery, sa calebasse, sa cave, sa terrasse, ses prix selon l’humeur. Hélas après vingt ans, la lassitude, la scène, la carcasse et la motivation usée ont réduit les clichés de la taverne grecque, au fond de la chambre froide. Combien de fois ai-je «bringué» mes copains de route, pour découvrir le rêve oublié, de la Moldavie à la Biélorussie, jusqu’à être obligé de cuisiner une soupe Knorr, au bord de la route, avec une vodka locale. A l’image de la femme parfaite, sexy, originale, belle, souriante, philosophe, appétissante, l’estaminet idéal n’existe-t-il que dans notre imagination? Au-delà des menus flatteurs, aux produits tous idylliques et aux nectars souvent trop chers, quel plaisir quand on laisse le patron ou le chef nous concocter son envie du jour, associée à ses crus cachés pour un prix «inclusive» de vieux complices. L’humeur, l’atmosphère, la gentillesse et une amitié, parfois éphémère, berceront la cuisson du moment partagé.